Deuxième déplacement de cette série sur le temps. Les outils promettent du temps, mais en consomment souvent davantage. La clarté vient rarement d'un ajout.
Nous vivons une époque riche en outils.
Applications de gestion de tâches
Agendas partagés
Messageries instantanées
Assistants numériques
Chaque outil promet de nous faire gagner du temps.
Le constat est pourtant partagé. Nous utilisons plus d'outils qu'avant. Nous passons plus de temps à organiser. Et nous nous sentons toujours débordés.
Nous créons des listes. Puis des sous-listes. Puis des codes couleur. Nous passons du temps à organiser notre organisation, pendant que le travail réel attend.
C'est là que se loge l'illusion : confondre préparation et avancement.
Préparer rassure. Avancer transforme.
Le scénario se répète à chaque nouvel outil. Les premiers jours, tout paraît plus clair. Puis les habitudes reprennent. Les notifications reviennent. Les listes s'allongent. Les tâches s'empilent.
Un outil amplifie toujours le fonctionnement existant.
Là où règne la dispersion, il amplifie la dispersion.
Là où règne la clarté, il amplifie la clarté.
L'économiste Robert Solow a résumé ce mécanisme par une formule restée célèbre :
On voyait l'ère informatique partout, sauf dans les statistiques de productivité.
La technologie accélère ce qui existe déjà. Une organisation confuse y trouve une confusion accélérée. Une organisation claire y trouve sa clarté renforcée.
Le principe reste valable avec les plateformes et l'intelligence artificielle.
Un outil rend visible l'état d'une structure.
À cette première illusion s'en ajoute une autre : croire que plus d'informations produisent de meilleures décisions.
Nous consultons. Nous comparons. Nous lisons. Nous accumulons. Puis nous hésitons.
L'accumulation d'informations produit de la saturation.
La clarté vient rarement d'un ajout. Elle vient souvent d'un retrait.
Reste une troisième confusion, plus discrète : prendre l'activité pour l'utilité.
Une journée peut être pleine et pauvre en impact. Une autre peut contenir peu d'actions et produire des avancées majeures.
La productivité réelle se mesure à la qualité des résultats.
À la racine de ces illusions, une même croyance : faire plus permet d'aller mieux. La pratique dit l'inverse.
Faire moins. Mais faire juste.
Extrait de L'intelligence du temps – Guide pratique pour libérer son temps
ISBN 9782375830130 — Éditions Epistrophe